Cinéphile m'était conté ...

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Amérique centrale et Caraïbes


Les déçus de la Révolution (Retour à Managua)

Les lecteurs d'Il pleut sur Managua, paru en 2011, ont longtemps attendu de nouvelles aventures du détective privé Dolores Morales. Les voici enfin, sous le titre voisin de Retour à Managua, et même si ce nouvel opus n'a pas des qualités aussi évidentes que son prédécesseur, il reste cependant un livre de bonne compagnie pour ceux qui aiment les romans noirs, à fortes connotations sociales, d'un pays, le Nicaragua, qui fait peut parler de lui depuis la révolution sandiniste (et encore moins du point de vue littéraire). Sandiniste, justement, l'auteur, Sergio Ramirez, l'a été, profondément engagé contre la dictature de Somoza. Aujourd'hui, il fait partie des désillusionnés de la politique, comme beaucoup d'anciens activistes et se consacre à l'écriture, pour notre plus grand bonheur. Retour à Managua vaut donc principalement pour son atmosphère et la description de la vie dans la capitale du Nicaragua où les inégalités sont de plus en plus béantes et où la corruption sévit à haute échelle. Morales, le double de Sanchez, est un homme déçu par la Révolution, mais qui n'a pas pour autant perdu ses valeurs morales même si, au début du roman, le doute est permis, étant donné le commanditaire de l'enquête qu'il a à mener. Il va ainsi traverser les bas-fonds de Managua et rencontrer quelques anciens camarades de lutte, tombés au plus bas. Point de lamentations pourtant, le livre est gorgé d'humour noir et multiplie les personnages des plus pittoresques. C'est d'ailleurs là où le bât blesse : le roman devient parfois choral et oublie en chemin son principal "héros", pourtant extrêmement attachant. Les dialogues sont l'un des points forts de l'ouvrage et sont souvent savoureux. Néanmoins, en donnant beaucoup de place à un interlocuteur fantôme (puisque décédé), qui n'arrête pas d'intervenir dans les conversations, l'auteur alourdit quelque peu la narration. C'est dommage mais pas rédhibitoire pour prendre du plaisir à suivre une histoire palpitante et à multiple facettes.

 

 

L'auteur :

 

Sergio Ramirez est né le 5 août 1942 à Masatepe (Nicaragua). Il a publié 5 romans dont Il pleut sur Managua.

 


13/06/2019
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L'homme est un loup pour l'homme (Le sauvage)

Guillermo Arriaga semblait avoir tiré un trait sur sa carrière de romancier depuis la parution de Le bison de la nuit (1999 au Mexique, 2005 en France), tout aussi bon, sinon meilleur que ses deux premiers livres. Depuis près de 20 ans, hormis pour un recueil de nouvelles, le mexicain s'était consacré pleinement au cinéma en tant que producteur, scénariste (21 grammes, Babel, Trois enterrements) et réalisateur (Loin de la terre brûlée). L'annonce de son retour en littérature a donc été une bonne nouvelle et la lecture de Le sauvage rien de moins qu'une déflagration, tant ce roman fleuve possède une puissance hors normes, tout en charriant une multitude d'alluvions, inévitables dans un livre aussi touffu, chargé et flamboyant. Le sauvage est le livre de la violence mexicaine, nourrie à la corruption des politiques et de la police, bénie par les autorités religieuses. Dès la deuxième page, la messe est dite, si l'on ose dire, le narrateur, Juan Guillermo, annonçant froidement que l'ensemble de sa famille, parents, frère, grand-mère et même chien et perruches allaient mourir dans un laps de temps de 4 ans. Dès lors, Guillermo Arriaga va nous raconter l'histoire de ces disparitions en passant sans cesse d'une temporalité à une autre, comme des vagues successives arrivant sur la plage des souvenirs, au risque de perdre son lecteur. Il y a malgré tout une ligne narrative forte, qui est celle de l'assassinat du frère de Guillermo, pour lequel ce dernier se sent coupable et a surtout décidé de se venger. Mais en parallèle, un autre récit se développe et prend de l'ampleur : celui de la traque d'un loup par un trappeur, au nord du Canada. A cela s'ajoutent des coquetteries typographiques sur certaines pages, de courts chapitres consacrés à Newton, Von Clausewitz, Socrate ou Jimi Hendrix, l'évocation d'un certain nombre de curiosités historiques ou ethnologiques, sans oublier l'établissement de listes plus ou moins en rapport avec les thématiques du livre. Il y a bien parfois une impression de trop plein et de luxuriance, avec une multitude de digressions, et le roman n'aurait sans doute pas été moins efficace en étant raccourci mais l'intensité et la force du style d'Arriaga finissent par annihiler toute résistance. Il y a dans Le sauvage des scènes d'une incroyable magnitude (9 sur l'échelle de Richter), notamment celles qui opposent Juan Guillermo à un loup qui n'a connu que la captivité mais qui n'a jamais renoncé à une férocité atavique. C'est bien là que se situe l'acmé du livre : L'homme est un loup pour l'homme et l'apaisement ne viendra qu'en toute fin de roman quand les aliénations morales et physiques auront disparu. Il y a sans doute dans Le sauvage de quoi écrire 3 à 4 romans distincts. Le livre n'est pas captivant à tous les instants mais quand il l'est, ce qui est assez fréquent, c'est avec une vigueur et une splendeur que l'on retrouve rarement dans la littérature contemporaine. On en sort lessivé et tout surpris d'être indemne.

 

 

L'auteur :

 

Guillermo Arriaga est né le 13 mars 1958 à Mexico. Il a publié 4 romans dont L'escadron guillotine et Le bison de la nuit.

 


20/05/2019
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Le nez dans la boue (La saison des ouragans)

Selon la quatrième de couverture de La saison des ouragans : "Fernanda Melchor dresse un formidable portrait du Mexique et de ses démons." Il faut toujours se méfier de ce genre d'assertion définitive, d'ailleurs reprise dans certaines critiques du livre. Portrait du Mexique des bas-fonds du Mexique contemporain, oui, mais à ne pas prendre au pied de la lettre pour l'ensemble du pays, à moins de vouloir absolument lui coller une image réductrice de cloaque où s'ébat la lie de l'humanité. Il faut plutôt voir dans La saison des ouragans une vision exacerbée des maux sociaux du Mexique, à commencer par son machisme viscéral et en corrélation sa misogynie et son homophobie violentes. La prose de la romancière mexicaine ne manque pas d'allure et son livre est assez intelligemment agencé, quoique parfois de façon piégeuse, en partant de la découverte d'un cadavre, celui d'une "sorcière", et en remontant le temps dans les chapitres suivants, prétexte à dresser le profil d'individus on ne peut plus dépravés, aux prises avec l'alcool, la drogue et obsédé par le sexe. Fernanda Melchor se glisse dans l'esprit et le corps de chacun de ses personnages et ce qui en ressort est sacrément glauque, voire insoutenable. Là réside la principale objection à La saison des ouragans : sa crudité, de plus en plus grande au fil des pages, finit par se faire complaisante de manière à nous mettre le nez dans la boue (un autre mot, moins civilisé, pourrait être employé). Malheureusement, l'excès est toujours contre-productif et le roman abonde vraiment trop en grossièretés et obscénités en tous genres. Le côté répétitif et systématique de la chose est terriblement lassant. Il y a là quelques analogies avec le très surfait et détestable My absolute Darling (avis personnel, bien sûr) même tout n'est pas à jeter loin de là dans cette première traduction en français d'une auteure mexicaine dont on serait curieux de savoir si elle est capable d'écrire quelque chose de moins sordide et sinistre.

 

 

L'auteure :

 

Fernanda Melchor est née en 1982 à Vera Cruz (Mexique). Elle a publié 2 romans.

 


15/04/2019
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Tango, émancipation et plantes médicinales (La maîtresse de Carlos Gardel)

Le début de La maîtresse de Carlos Gardel n'est pas très engageant dans le sens où le récit semble partir dans plusieurs directions à partir des souvenirs de Micaela, une vieille dame portoricaine au crépuscule de sa vie, qui se souvient de sa jeunesse. De sa liaison éphémère avec le roi du tango, de sa grand-mère guérisseuse, de son amour des plantes et de leur potentiel curatif, de sa carrière d'infirmière qui débute et de son ambition de devenir chercheuse, de la condition de la femme noire dans les Caraïbes. Tout ces sujets sont bien dans le roman de Mayra Santos-Febres et, après un début cahoteux (mais c'est sans doute le lecteur qui a besoin d'un temps d'adaptation), ils se déploient dans une grande harmonie, sertis dans un style capiteux et langoureux. Mais Gardel, bien entendu, est au centre du livre, même s'il est là aussi pour compléter le portrait de Micaela, jeune femme émancipée combattant le racisme des années 30 et bien décidée à se forger son propre destin. Quand la romancière raconte les succès de Gardel en Espagne, son passage par Paris, sa tournée portoricaine, c'est passionnant. Lorsque Mayra Santos-Febres évoque plus particulièrement le parcours de son héroïne et la façon dont elle unit dans une même passion les progrès de la médecine moderne et les traditions ancestrales de son île, en utilisant les vertus de ses plantes, c'est tout aussi captivant !

 

 

L'auteure :

 

Mayra Santos-Febres est née le 26 février 1966 à Carolina (Porto Rico). Elle a publié une dizaine de livres dont Sirena Selena.

 


31/03/2019
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Noire comme la Vierge (La transparence du temps)

Fort de sa renommée à l'étranger, Leonardo Padura aurait pu depuis longtemps s'exiler loin de son île de Cuba et s'installer à Madrid ou quelque part sous un soleil méditerranéen. Que nenni, l'écrivain est attaché à son pays de façon viscérale et malgré les conditions de vie précaires et la défiance des autorités qui le "tolèrent", il reste fidèle aux misères et splendeurs de la vie havanaise. En cela, l'ancien flic Mario Conde, son héros depuis plusieurs romans, lui ressemble sans doute sur bien des points. Son portrait s'affine au fil des livres et dans La transparence du temps, le voici quelques semaines avant de fêter son 60ème anniversaire, bien vivant mais angoissé à l'idée d'entrer dans un nouvel âge qui le rapproche de la fin. En attendant, l'ancien limier se voit confier une drôle d'enquête autour du vol d'une Vierge noire dont l'origine est quelque peu mystérieuse. Auteur de romans que l'on peut qualifier de noirs, Padura aime aussi à plonger dans l'Histoire et comme dans Hérétiques, avec la communauté juive, il traverse les siècles dans La transparence du temps, en évoquant la destinée de cette Vierge noire, au temps de la guerre civile en Espagne ou encore des Templiers pendant le siège de Saint-Jean d'Acre, en Terre Sainte. Comme souvent chez Padura, il y a donc un triple plaisir : celui d'un roman policier, certes parfois un peu trop riche et embrouillé, celui de la découverte de faits historiques pas ou mal connus et enfin celui d'un portrait de La Havane et de ses habitants, des zones les plus démunies (avec ses migrants intérieurs) au monde des nantis et des parvenus qui profitent, de façon plus ou moins légale de l'ouverture du pays. La transparence du temps est une véritable fresque, dense, intime, chaleureuse, ironique et dans laquelle l'humour (souvent noir, lui aussi) se marie à merveille avec le goût du rhum et un sens indéfectible de l'amitié, qui sont autant de valeurs essentielles de l'univers de l'écrivain.

 

 

L'auteur :

 

Leonardo Padura est né le 9 octobre 1955 à La Havane. Il a publié 12 romans dont L'homme qui amait les chiens et Hérétiques.

 


06/02/2019
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Les deux faces d'un pays (Ne m'appelle plus Capitaine)

"Que voulez-vous ? Ce pays est ainsi. Il y a deux faces à tout. Une main droite et une main gauche, un ordre et son désordre." Ce pays, c'est Haïti dont Lyonel Trouillot s'évertue, livre après livre, à nous raconter l'humanité blessée, entre dictatures et tremblements de terre, mais aussi solidarité et main tendue vers un avenir meilleur. Ne m'appelle plus Capitaine raconte la rencontre entre une jeune bourgeoise, plus brun-pêche que noire, et un vieil homme à la santé précaire comme perdu dans le passé et ressassant les souvenirs d'un amour qui l'a laissé exsangue, il y a bien longtemps. Deux personnages aux antipodes, qui se reniflent avant de s'accepter puis s'apprivoisent avant peut-être de partager un projet commun. Dans une langue parfois hachée et scandée, parfois ample et déliée mais toujours empreinte d'une poésie âpre, l'écrivain se joue des clichés et clame son amour du peuple, celui qui semble baisser les bras quand tout joue contre lui mais qui se remet en marche parce qu'il faut bien vivre. Un beau livre, un peu court, de l'un des écrivains majeurs d'un pays dont la richesse en littérature est inversement proportionnelle au dénuement de la plupart de ses habitants.

 

 

L'auteur :

 

Lyonel Trouillot est né le 31 décembre 1956 à Port-au-Prince (Haïti). Il a publié 11 romans dont Yanvalou pour Charlie, Parabole du failli et Kanjawou.

 


07/10/2018
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Nostalgie d'un fantôme (Deuils)

Vu de France, l'Amérique centrale est une entité territoriale qui a du mal à exister et combien de fois peut-on lire à tort que le Mexique, le Nicaragua ou le Honduras sont des pays d'Amérique du Sud. La littérature de ces pays est vivante mais ne nous parvient qu'épisodiquement, il faut donc savourer les quelques auteurs qui ont la chance d'être traduits régulièrement. C'est le cas du guatémaltèque Eduardo Halfon, dont les courts romans sont publiés dans l'élégante maison Quai Voltaire. Deuils, le plus récent, est écrit sous le mode de l'autofiction, genre un peu trop répandu surtout quand il s'apparente au narcissisme, défaut qui ne semble pas affliger Halfon. A travers le fantôme du frère aîné de son père, mort avant d'atteindre l'âge adulte, l'auteur entreprend une sorte de quête identitaire et nostalgique qui nous transporte dans l'histoire d'une famille juive guatémaltèque, en passant par la Pologne et les Etats-Unis. Comment est mort cet oncle que tout le monde a oublié ? Le mystère s'épaissit à mesure que Halfon convoque ses souvenirs et enquête sur différents lieux, égrenant les rencontres dans une prose chamarrée où l'humour et la poésie sont le contrepoint de la douleur. Un livre dont l'apparente simplicité dissimule une belle profondeur dessinée par la mémoire et le langage.

 

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L'auteur :

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Eduardo Halfon est né le 20 août 1971 à Guatemala City. Il a publié 16 ouvrages dont La pirouette et Monastère.


22/04/2018
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Une cubanité douloureuse (Un dimanche de révolution)

Le 31 août dernier, Karla Suarez a publié en France son cinquième roman, Le fils du héros. Certainement l'un des meilleurs romans de cette rentrée littéraire. Une semaine plus tôt, sa compatriote, Wendy Guerra, d'un an sa cadette, livrait Un dimanche de révolution, également son cinquième roman. Au jeu des comparaisons, autant la prose fluide et la qualité narrative de la première séduit, autant la confusion du récit et le style ébouriffée de la seconde suscite agacement voire ennui. Pourtant, depuis leur entrée en scène en littérature, les deux cubaines presque toujours traité de thèmes voisins : leur "cubanité" intrinsèque et douloureuse, le poids des restrictions et de la censure gouvernementale, le désir de partir, etc. Un dimanche de révolution, qui conte les mésaventures d'une poétesse nommée Cleo, double présumée de Wendy Guerra, ne manque pas de péripéties hautes en couleur autour d'une analyse de la situation des intellectuels au pays. Mais que c'est brouillon, sans continuité véritable, avec des changements de ton permanents. Le live fuit constamment entre les mains et, plus grave, ne suscite guère d'empathie vis-à-vis de son personnage principal, lequel, soit dit en passant, a contrairement à nombre de cubains la possibilité de voyager, même si c'est au prix de lourdes tracasseries administratives. Wendy Guerra nous parle d'un pays kafkaïen et paranoïaque que bien d'autres écrivains ont déjà décrit, avec une plume largement plus incisive et pertinente.

 

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L'auteure :

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Wendy Guerra est née en 1970 à La Havane. Elle a publié 5 romans dont Tout le monde s'en va et Negra.


27/11/2017
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Poésie du désastre (Belle merveille)

Les poètes font-ils de bons romanciers ? Parfois, pas toujours. La langue de James Noël est très belle, traversée de fulgurances, d'éclats lyriques. Pour autant, son premier roman, Belle merveille, est déconcertant, sans linéarité, avec une intrigue papillonnante, sans entraves, libre comme l'air. Le récit prend racine dans un événement tellurique : celui du 12 janvier 2010 à Port-au-Prince, ces quelques minutes d'un séisme mortel. Le narrateur est un rescapé qui soliloque, quelques années plus tard. Il dit les ravages, partage la parole d'autres survivants, morts dans leurs têtes, parle de l'exil, évoque son histoire amoureuse, la splendeur d'Haïti et ses malheurs récurrents, la voracité des ONG, la compassion de la planète ... La plume est flamboyante dans un chaos de mots qui choquent, ravissent, déstabilisent. Le roman va émerveiller les uns et dérouter les autres.

 

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L'auteur :

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James Noël est né en 1978 à Hinche (Haïti). Il a publié plusieurs recueils de poésie.


29/10/2017
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Mort d'un combattant cubain (Le fils du héros)

En 2007, 39 écrivains latino-américains ont été sélectionnés parmi les plus prometteurs de moins de 40 ans. Beaucoup ont confirmé leur talent depuis : Adriana Lisboa (Brésil), Jorge Volpi (Mexique), Santiago Roncagliolo (Pérou), Wendy Guerra (Cuba), entre autres. Et aussi Karla Suarez, qui n'a écrit que 4 romans, mais tous remarquables et le dernier en date, Le fils du héros, n'est pas le moindre. La romancière se met dans la peau d'Ernesto, cubain né à la fin des années 60. La mort de son père, soldat en Angola, est le traumatisme de son enfance dont il ne se remettra jamais, devenant littéralement obsédé par les circonstances de sa disparition au point de ne s'intéresser qu'à cela et de compromettre ses relations amoureuses. Karla Suarez possède un fabuleux sens du rythme et une fluidité d'écriture admirable. Plutôt que de recourir à une progression chronologique classique avec flashbacks intégrés, elle enchevêtre les différentes périodes de la vie d'Ernesto, dans chaque chapitre, sans jamais égarer le lecteur. Le fils du héros excelle à superposer récit intime et faits historiques, au gré de l'évolution de la propagande étatique cubaine qui fait illusion avant de créer une génération de déçus, premiers critiques d'une politique désastreuse alors que de plus en plus de citoyens fuient un pays dont ils garderont pourtant toujours la nostalgie. Ernesto, au demeurant, n'est pas un personnage sympathique : égoïste, maladroit, peu doué pour les relations humaines, introverti ... Mais touchant, aussi, de par ses imperfections, avec à ses côtés une mère, une soeur, un ami et une épouse aimants et indulgents (jusqu'à un certain point). Le fils d'un héros est un roman passionnant, incroyablement attachant et dense, fourmillant de détails sur la vie quotidienne à Cuba et sur celle des émigrés à Berlin ou Lisbonne. Plaisir supplémentaire : son dénouement, inattendu et qui rebat complètement les cartes. Magistral ! Magnifique ! Mémorable !

 

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L'auteure :

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Karla Suarez est née en 1969 à La havane. Elle a écrit Tropique des violences, La voyageuse et La Havane, année zéro.


20/09/2017
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